Jeunesse et Sports : Abdoul Kassim Fomba fait le pari d’une jeunesse au service de la Nation
À mi-parcours de la Transition, le ministère de la Jeunesse et des Sports, chargé de l’Instruction civique et de la Construction citoyenne affiche une ambition qui dépasse largement le cadre des compétitions sportives. Derrière les chiffres du bilan présenté par le département dirigé par Abdoul Kassim Ibrahim Fomba se dessine une orientation stratégique : faire de la jeunesse un pilier de la résilience nationale, de la citoyenneté et du développement local.
Cette approche intervient dans un contexte où le Mali fait face à de multiples défis : insécurité, changements climatiques, inondations récurrentes, chômage des jeunes et besoin de renforcer la cohésion sociale. Pour les autorités, la jeunesse apparaît désormais comme une solution autant qu’un enjeu.
L’une des illustrations les plus visibles de cette politique est le lancement du programme « Néka Siguida, N’ka Faso Ko », qui mobilise des jeunes dans la réalisation d’ouvrages communautaires destinés à limiter les risques d’inondation. En choisissant d’impliquer directement les populations dans ces travaux, le département cherche à promouvoir une culture de responsabilité collective, plutôt qu’une logique d’assistance.
La formation de jeunes volontaires aux premiers secours, au sauvetage aquatique et à la lutte contre les incendies s’inscrit dans cette même vision. Au-delà de l’acquisition de compétences, il s’agit de créer un réseau de citoyens capables d’apporter une première réponse en cas de catastrophe, en complément des services spécialisés.
Cette évolution traduit un changement de paradigme. Pendant longtemps, les politiques de jeunesse ont principalement reposé sur l’encadrement socioculturel, les loisirs ou le sport. Aujourd’hui, l’État entend faire des jeunes des acteurs de la prévention, de la sécurité civile et de la protection des communautés.
Sur le plan sportif, le ministère revendique des résultats encourageants avec 70 titres africains et 211 médailles remportés en cinq ans, ainsi que le retour de compétitions internationales sur le sol malien et la réhabilitation de plusieurs infrastructures. Ces performances témoignent d’un regain de dynamisme du sport national, même si une présentation plus détaillée des résultats permettrait d’en apprécier toute la portée.
Le département met également en avant la mobilisation de plus de trois millions de jeunes dans les activités citoyennes. Si ce chiffre traduit l’ampleur des campagnes menées à travers le pays, il mériterait d’être accompagné d’indicateurs plus précis permettant de distinguer le nombre réel de bénéficiaires, les participations cumulées et les impacts obtenus sur le terrain.
Au-delà des statistiques, plusieurs réformes structurelles apparaissent comme des acquis importants : restructuration du Conseil national de la jeunesse, création du Conseil national de la jeunesse de la diaspora, relance du Service national des jeunes, modernisation du Palais des Pionniers et mise en place de l’École de la citoyenneté. Ces initiatives traduisent une volonté de renforcer la gouvernance du secteur et de donner davantage de place aux jeunes dans la vie publique.
Toutefois, comme pour toute politique publique, la réussite ne se mesure pas uniquement à travers les annonces ou les chiffres. Le véritable test résidera dans la pérennité des programmes engagés, leur financement, leur suivi et surtout leur impact concret sur les conditions de vie des populations.
Les jeunes volontaires resteront-ils mobilisés dans la durée ? Les ouvrages communautaires permettront-ils réellement de réduire les conséquences des inondations ? Les réformes institutionnelles favoriseront-elles une meilleure participation des jeunes aux décisions publiques ? Autant de questions qui appellent un suivi rigoureux et une évaluation régulière.
En définitive, le ministère de la Jeunesse et des Sports semble vouloir inscrire son action dans une logique de transformation sociale où la jeunesse devient un partenaire de l’État, plutôt qu’un simple bénéficiaire de politiques publiques. Ce choix stratégique pourrait contribuer à renforcer le civisme, la solidarité et la résilience des communautés.
C’est pour ainsi dire que l’enjeu dépasse désormais le bilan administratif. La véritable réussite de cette politique sera appréciée à l’aune de ses effets durables sur l’engagement citoyen, l’autonomisation des jeunes et leur contribution effective à la construction d’un Mali plus résilient, plus solidaire et plus responsable
M.D
