Mali : après cinq ans de Transition, le temps du bilan laisse place à l’épreuve des résultats
Bamako – 6 août 2026. Cinq ans après le début de la Transition, le Mali entre dans une nouvelle étape. Après une période largement consacrée à la restauration de l’autorité de l’État, à la souveraineté nationale et aux réformes institutionnelles, le défi est désormais de traduire les acquis revendiqués par les autorités en résultats visibles dans la vie quotidienne des populations.
Le bilan présenté le 6 août à Bamako se veut un exercice de redevabilité. Il revient sur les principales actions menées depuis 2021 et trace les grandes lignes de la prochaine phase : accélérer le développement économique et social.
Restaurer l’État, première priorité
Lorsque la Transition s’est installée, le pays était confronté à de profondes difficultés sécuritaires, économiques et institutionnelles. Les autorités ont alors placé la restauration de l’État et la reconquête de la souveraineté au cœur de leur action.
La Constitution de 2023, les réformes issues des Assises nationales de la Refondation, la réorganisation de l’administration ainsi que les mesures annoncées dans la lutte contre la corruption figurent parmi les principales transformations mises en avant.
Mais la réussite de ces réformes devra désormais être appréciée à travers leur impact concret. Pour le citoyen, la question est moins de savoir combien de textes ont été adoptés que de constater si l’administration fonctionne mieux, si les services publics sont plus accessibles et si les conditions de vie s’améliorent.
Sécurité et souveraineté : des acquis à consolider
Sur le plan sécuritaire, les autorités soulignent le renforcement des capacités des Forces armées et de sécurité et les efforts engagés pour restaurer l’autorité de l’État.
La diplomatie malienne a également connu une profonde réorientation, notamment avec le renforcement de la coopération au sein de l’espace sahélien et la création de la Confédération des États du Sahel.
Cette nouvelle orientation constitue un choix stratégique majeur. Son efficacité devra toutefois être mesurée par des résultats concrets : amélioration durable de la sécurité, développement des échanges économiques et renforcement de l’intégration entre les pays membres.
Les mines : une richesse à transformer
Le secteur minier apparaît comme l’un des principaux leviers économiques de la nouvelle politique gouvernementale.
La réforme du Code minier, le renforcement du contenu local et la renégociation de certaines conventions doivent permettre à l’État de mieux tirer profit des ressources naturelles.
Selon le bilan présenté par le Gouvernement, plus de 760 milliards de FCFA auraient été recouvrés auprès des sociétés minières au titre des redevances ajustées et des impôts. Le Fonds minier de développement local aurait également permis de redistribuer 18,4 milliards de FCFA aux communes.
Mais la question essentielle commence précisément là : que faire de ces ressources ?
L’objectif ne peut plus être uniquement d’augmenter les recettes publiques. Il s’agit désormais de transformer les revenus miniers en routes, écoles, centres de santé, énergie, emplois et activités industrielles.
Le véritable enjeu sera donc de faire en sorte que la richesse extraite du sous-sol contribue davantage au développement du pays et au bien-être des populations.
L’énergie, le pouvoir d’achat et l’emploi au cœur des préoccupations
Parmi les défis les plus urgents figure la question énergétique. Les difficultés d’approvisionnement en carburant et les perturbations de la fourniture d’électricité ont fortement pesé sur les ménages et les entreprises.
Les investissements annoncés dans les centrales solaires et les infrastructures énergétiques doivent permettre de réduire progressivement cette vulnérabilité.
L’énergie sera ainsi l’un des grands tests de la prochaine phase de la Transition. Une économie ne peut véritablement accélérer sans une électricité disponible, fiable et accessible.
À cette question s’ajoutent celles du pouvoir d’achat, de l’emploi des jeunes, de l’accès à l’eau potable, de la santé, de l’éducation et du soutien aux entrepreneurs.
Le quotidien des Maliens comme principal indicateur
Au-delà des discours politiques et des chiffres, le véritable baromètre du bilan reste le quotidien des citoyens.
Les attentes exprimées lors des rencontres avec les forces vives de la Nation sont largement connues : davantage de sécurité, des emplois, une meilleure fourniture d’électricité, un accès plus facile aux services sociaux de base et une amélioration du pouvoir d’achat.
Ces attentes montrent que les priorités nationales ont progressivement évolué.
La restauration de l’État constituait une urgence. L’amélioration des conditions de vie devient désormais une obligation de résultats.
Une nouvelle phase à réussir
Le Mali dispose aujourd’hui de plusieurs cadres stratégiques destinés à accompagner cette nouvelle ambition, notamment la Vision Mali Kura 2063 et la Stratégie nationale pour l’Émergence et le Développement durable 2024-2033.
L’enjeu sera de transformer ces orientations en politiques publiques efficaces et mesurables.
Industrialisation, transformation locale des matières premières, développement énergétique, infrastructures, formation professionnelle, santé, éducation et emploi devront constituer les piliers de cette nouvelle étape.
Après cinq années de Transition, le Mali semble ainsi passer d’une logique de restauration à une logique d’accélération.
Pour les autorités, il s’agit désormais de démontrer que les fondations posées peuvent produire des résultats durables. Pour les citoyens, l’attente est simple : voir davantage de sécurité, d’emplois, d’électricité, d’infrastructures et de perspectives économiques.
Le prochain chapitre de la Transition ne sera donc plus seulement jugé sur les réformes annoncées, mais sur leur capacité à changer concrètement la vie des Maliens.
M.D
